Ressources humaines
Rubrique : Médias & Photojournalisme
Ecrit par : Pierre-Emmanuel Weck
Une petite illustration de ce phénomène est visible dans les rapports des photographes avec certains journaux ou sites web. On vous appel pour avoir une photo parce qu’on sait que vous y étiez, que vous êtes un très bon photographe, que vos images plaisent beaucoup, bref, c’est la photo dont le journal a absolument besoin. Dans l’urgence, on ne parle que technique, on évite la question du prix de cette image. De toute manière un journal qui fait largement partie des médias dominant, qui appartient à une des plus grosse fortune de France et même du monde a de l’argent pour s’entourer des meilleurs.
La photo parait
Et là , plus de nouvelle. Personne ne vous rappel du service comptabilité, pour vous demander vos coordonnés bancaires, personne ne vous envoie d’exemplaire justificatif de la parution. en fait, il ne s’est rien passé.
A vous donc, de téléphoner. Votre premier interlocuteur est injoignable (l’actu n’attend pas ! Le monde tourne !). Il n’y a pas de ligne téléphonique directe avec le service comptabilité de ce journal. Après quelques heures, vous arriver à joindre le journaliste si enthousiaste devant votre travail et vous mettez les pieds dans le plats, vous cassez l’ambiance, le début de sympathie qui naissait entre vous, vous parlez d’argent !
“Oh la, la, je savais pas que la photo était payante ! Je croyais qu’elle était libre de droit ! Je vais me faire engueuler !”
(même si c’est par téléphone, la phrase doit être prononcée en se joignant les mains et en faisant ses yeux de bambie).
Oui, vraiment vous êtes un salaud, ce journaliste peut risquer son poste par votre vil demande d’argent (et ça marche encore mieux si c’est une journaliste et que vous êtes un photographe (et inversement)). Ne comptez plus sur lui pour vous demander quoi que ce soit la prochaine fois. Certains vont même jusqu’à vous dire qu’il existait une autre image qui était gratuite mais qu’ils ont préférer prendre la vôtre pour vous faire plaisir. En tout cas vos images ne sont plus si extraordinaires, en faite, elles ne correspondaient même pas tout à fait avec la vision préformatée que la rédaction avait de cet événement. D’autres encore tentent le chantage, en vous liant à l’événement que vous avez photographié comme si vous en étiez l’organisateur : “si j’avais su, j’en aurais pas parlé, c’est pour soutenir votre combat que j’en ai parlé, je vous ai fait de la pub là !”.
Oui, ce “journaliste” sait déjà qu’il n’en ai plus un, il possède bien une carte de presse liée à une charte déontologique mais il sait bien que tout cela c’est du vent, que ce qui compte, ce n’est pas la moral mais la main qui vous paie. Pour lui un journaliste n’est pas quelqu’un qui des ordres, à qui ont dit comment penser et rendre compte.
Dans ce cadre là , il n’y a plus de réalité autonome, toute réalité a forcement un but… commercial.
La variante “site internet” est intéressante car le niveau de réflection du journaliste est alors nettement plus subtil : “mais notre site est gratuit”. Lui, bien sûr, il est rémunéré mais ça c’est normal. Sa rémunération n’est d’ailleurs rendue possible que grâce aux pillages du travail d’autres personnes. De même que son chef peut indexer son salaire sur le coût de la vie parce que le sien est bloqué depuis pas mal d’années.
Pendant ce temps mes enfants partent en vacances avec des bons de la CAF, je saute un repas de temps en temps, c’est toujours ça d’économisé, mes chaussures prennent l’eau, mon premier poste de dépense est le paiement des frais bancaires (agios, commission de dépassement, frais de rejet de TIP, recommandés, remboursement d’emprunt de restructuration…). Bien entendu quand je peux acheter un journal, il est sans pub.















19 June 2008 à 11:43 am
Oui, article trés judicieux qui nous fait toucher du doigt une réalité trés présente dans tous les secteurs medias.
Je suis Infographiste, ça me parle, partant du principe que l’activité se décline sur un mode “grand public” (dans le sens ou tout le monde est capable de “faire des photos”, “un site internet”, “un flyer” etc….), on dévalue son pendant professionnel, qui est autrement plus pointu et chronophage.
Mais bien souvent la qualité n’est pas l’objectif recherché, juste du “simple et pas cher”, cette idéologie issus de la propagande commerciale, qui nous fait croire que l’on peut “profiter” sans effort.Mettre un visuel pour rentrer dans le format de ce qui se fait chez le voisin.
Le problème, désormais, est la présence d’alternative sérieuse (comme la problèmatique du logiciel libre).Parce que oui, tant que l’on pourra, trouver une image gratuite, et pas trop moche, le travail des photographes sera nivelé par le bas.
Tant que des gens travailleront gratuitement, ils nuiront à la valeur “travail”.
Un jour les journaux seront remplis de mauvaises photos gratuites, faite par des stagiaires “photographe du dimanche”.
Ces mêmes photographes du dimanche, refuseront un jour d’être mutlitaches et de supporter des exigences esthétiques pour rien de plus à la fin du mois.
Un jour un journal, sortira sans aucune illustrations, faute de “fournitures gratuites”.
Un jour, ils s’apercevront que la qualité a un prix, mais il faut d’abord que le système arrive à saturation…