Qu’on en finisse !

Rubrique : Médias & Photojournalisme
Ecrit par : Pierre-Emmanuel Weck

Longue discussion avec un ami qui s’occupe des sites internet d’un grand groupe de presse.

On passe en revue les difficultés et les points de vue du pigiste au patron, les évolutions technologiques, les changements de comportement des lecteurs, la pub, l’éthique, le fonctionnement des rédactions, la peur face à internet, les corporatismes, les petits arrangements des journaux avec leurs ennemis, les calcules à court terme, Google…

Ce qui me désole n’est pas tant la disparition du photojournalisme comme on a pu le connaître en raison d’un soit disant changement technique (le numérique) qui aurait provoqué l’arrivée massive de photographes amateurs remplaçant les professionnels mais bien plutôt le fait que la photo est en train de sortir du champ de l’information pour être remplacée par l’illustration. La disparition des correcteurs ne semble pas avoir affecté le niveau de qualité orthographique des journaux mais la disparition des photographes affecte la qualité de l’information.

La “horde de photographes amateurs” dont on peut voir la masse sur Flickr n’a que faiblement fait monter le niveau de qualité. Peut-être y a-t-il moins de photos ratées techniquement mais ça ne fait pas pour autant de bonnes images. Tout au plus, les mauvais photographes professionnels ont-ils dû plier bagages. Mais comme les milliers de camescopes vendus n’ont pas multipliés, non plus, le cinéastes.

L’affaiblissement s’est aussi fait dans les pratiques. Avec la généralisation des photographes payés par les organisateurs d’événements (spectacles, politiques, entreprises…) pour donner des images gratuites aux médias, ces derniers ont vite fait leurs calcules : plus besoin de photographe maison ! Mais quid de liberté dans leur vision du monde désormais dictée par ceux qui donnent ces images ?

Il y a pourtant une formidable énergie de création,d’envie de continuer à décrypter le monde, de désir de partage que les médias d’aujourd’hui ne savent plus capter. Chacun reste tétanisé face à sa mort annoncée, incapable de sortir du cadre pour penser autrement. Et pourtant nous ne sommes qu’au début de la fin. Le manque d’imagination et la médiocrité, l’abandon de tout projet collectif et de goût du risque bloquent tout changement.

A mon avis, plus vite tout cela s’écroulera, la nature ayant horreur du vide, et plus vite de nouvelles aventures pourront apparaître

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