Otages et spectacle

Rubrique : Médias & Photojournalisme
Ecrit par : Pierre-Emmanuel Weck

Pour rendre compte d’un événement, les médias cherchent quelque chose d’emblématique même lorsqu’il n’y a rien et, même s’il n’y a rien, il y a quelque chose à dire pour les hommes politiques.

Imbrication : montrer et exister
otages2.jpegLa libération des otages français d’Irak est un bon exemple de ce phénomène. Sitôt l’annonce faite de leur libération, il faut des images pour illustrer l’information. Une information de ce genre et porteuse de symboles forts, elle permet de refaire momentanément la cohésion nationale, elle conforte les choix dans la démocratie, la liberté d’expression et déclenche une course aux médias des hommes politiques. Il y a ceux qui sont au pouvoir, qui savent qui sont en liaison téléphonique directe, qui peuvent prendre un avion et aller les rejoindre là où il faut et il y a les autres qui ne peuvent mettre en avant que leur “satisfaction”, leur “soulagement”, leur “joie”.
Tout cela n’est pas très porteur visuellement. Une galerie de portraits d’interventions politiques est assez courante lorsqu’une loi polémique est discutée à l’Assemblée Nationale.

Des images, du spectacle
Pendant toute la prise d’otage, la mairie de Paris avait accrochée sur sa façade les portraits des deux journalistes. Le décrochage otages1.jpegpouvait donc devenir un événement ou au moins l’occasion de clore l’affaire par une sorte de manifestation de joie.
Les portraits ont été décrochés et mis cote à cote comme pour un décors de théâtre. Puisque les vrais otages n’était pas là, le chauffeur des journalistes libéré précédemment était là. Les hommes politiques et le secrétaire général de Reporters sans Frontière ont pu faire devant la tournée des télé, des radios, de la presse écrite et se faire photographier avec l’un puis l’autre puis tous ensemble. Les bouchons de champagne on sauté.
Une mise en scène particulièrement réussi, les membres de Reporters sans Frontière avait tous mis un coupe-vent rouge vif avec le nom de l’association. Du beau spectacle.

Compétition et émulation médiatique
otages.jpegIl fallait faire vite, le décrochage avait lieu à 11 heure, pour pouvoir passer dans les journaux d’actualité. La course se menait aussi avec l’autre événement qui allait arriver en fin de soirée, le président de la République irait accueillir les otages à leur descente d’avion.
Tout le monde y a trouvé son compte, les politiques de l’opposition qui ont pu exister visuellement face au rouleau compresseur présidentiel tout en offrant aux journaux de midi, la bande annonce en images pour maintenir l’attention des spectateurs jusqu’à la soirée.

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