Identité et photographie
Rubrique : Médias & Photojournalisme
Ecrit par : Pierre-Emmanuel Weck
L’assemblée générale des AMAP d’Ile-de-France s’est déroulée aux Lilas le dimanche 21 janvier 2007.
Le succès des AMAP va croissant, dans la salle de réunion, 70 personnes sont autour de la table contre 40 à 50 la dernière fois. Le problème n’est pas de trouver de nouveaux lieux de distributions mais bien de nouveaux maraîchers pour répondre à la demande.
Si dans la charte le label bio n’est pas obligatoire, il est bien spécifié qu’il ne doit pas y avoir d’usage d’engrais chimiques. Pour répondre à la demande et ne pas fermer les portes à des maraîchers qui souhaitaient s’engager dans une AMAP, une tolérance s’est développée, y compris envers des agriculteurs fonctionnant en agriculture raisonnée (c’est à dire qui s’engagent à ne pas dépasser les doses prescrites de pesticides sur leurs cultures…) afin de leur laisser le temps de convertir leurs cultures à la bio (avec ou sans certification).
Pour beaucoup, les AMAP sont bio, puisque c’est écrit dans la charte, mais sans obligation de la certification. Ce flou et les perspectives de vendre plus faclement on ammené certains agriculteurs à mentir sur l’aspect bio, voir à aller se fournir à Rungis pour répondre à la forte demande !
Le GAB propose donc deux pistes.
- La première, on applique la charte à la lettre et ne peuvent conserver le nom d’AMAP que ceux qui s’y conforment, les autres pouvant bien évidement continuer à fonctionner comme avant et prétendre à l’appellation AMAP le jour où il respecteront la charte.
- La deuxième, on créer une labellisation “AMAP bio” pour celles qui le sont afin de bien les distinguer avec celles qui ne le sont pas.
Le label AMAP assez complexe (reposant sur la proximité géographique, la culture bio et les relations humaines entre le producteur et le consommateur) permet une visibilité et une reconnaissance du travail de l’agriculteur (beaucoup plus important que pour l’agriculture raisonnée) et de l’effort du consommateur (prix des produits, horaire fixe des livraisons). La très forte dynamique de croissance des AMAP en font un enjeu économique véritable (voir l’histoire du mouvement bio à ce sujet) où la simple confiance ne suffit pas toujours à garantir l’honnêteté de l’agriculteur ou à freiner la cupidité du consommateur (habitude du toujours moins cher).
Très vite, l’étiquette “AMAP” devient un enjeu économique et identitaire, personne ne voulant perdre ce sézame qui ouvre les cabas des consommateurs tout en leur apportant une distinction sociale. Ils ont alors l’impression d’appartenir à un groupe restreint, rare pour des raisons élitistes ou politique d’une résistance à bon compte.
Le mot de confiance revient souvent. Confiance entre le producteur et le consommateur. Ce mot cache bien l’enjeu de l’identité de la démarche. Si tout cela ne relevait que de la confiance pourquoi l’étiquette aurait-elle autant d’importance ? On constate souvent dans ce genre de débats que ceux qui tiennent absolument à l’étiquette sont ceux qui tendent à s’éloigner le plus du projet d’origine… Ceux qui sont sûr de leurs démarches sont prêt à quitter (les agriculteurs du GAB) ou ont déjà quitté (les jardins encahntés) l’étiquette AMAP.
Le milieu des AMAP se vit comme en résistance dans un monde hostile. Hostilité de l’économie, de l’environnement pollué et des médias pourrits. Sur ce dernier point, il m’a été interdit de photographier l’AG. Tant que je pouvais discuter d’individu à individu, je n’ai rencontré que de la sympatie pour mon reportage. Il y a bien entendu eu au moins un individu qui a refuser de manière agressive d’être pris en photo mais ce phénomène est assez habituel avec ceux, peut nombreux, qui ne peuvent consevoir leurs rapports à autrui qu’à travers des règles, des lois, des filtres qui les protèges de la vie et ça, y compris dans des milieux qui prétendent réinventer les rapports humains comme ici au sein des AMAP !
Le problème est que ce genre d’individu arrivent assez facilement à induire des comportement de paranoïas ammenant les “responsables” à refuser toute photographie. On peut enregistrer les sons, prendre des notes mais pas faire d’image… comme dans un tribunal en quelque sorte.
J’ai souvent constaté que ces individus, s’ils étaient bavards, étaient les moins impliquer dans les actions. Ce sont ceux qui n’ont pas un besoin impérieu de reconnaissance, ils ont simplement besoin de se distinguer de ce qu’ils considèrent comme la masse des autres, ils doivent impérativement protéger leur rand, vérouiller chaque étape de leur assention sociale. Les mal-logés ou les sans-papiers pour qui être photographié peut devenir un véritable danger mais qui en même temps n’ont plus rien à perdre acceptent et demandent à exister, sans illusion, dans les médias. On pourrait croire que les actions des Enfants de Don Quichotte seraient le contre exemple de ce que je viens de dire après le moratoire qu’ils avaient imposés aux journalistes sur leur campement mais quels journalistes ? Certainement pas ceux qui étaient là depuis le début, qui avaient pris le temps de discuter sans compter leur temps. Il est plus facile de photographier la misère que le petit bourgeois parisien.
Cette anecdote sur la difficulté de rendre compte photographiquement des AMAP est assez illustrative des problèmes que rencontre ce mouvement. Quand l’identité devient flou, la forme prime sur le fond, le regard extérieur devient une menace de peur qu’il ne révèle le vide intérieur…
Mais parallèlement à cette histoire (triste), j’ai rarement rencontré autant de gens intéressants en si peu de temps. Ce qui me ramène toujours à la politique et à la question du comment ce fait-il que les groupes se laissent si facilement menés par la quelques psychopathes et ne réagissent que si tard…














