Guide payant des précaires
Rubrique : Médias & Photojournalisme
Ecrit par : Pierre-Emmanuel Weck

Apprendre à payer pour travailler, à donner son travail gratuitement et à dire merci.
Voici un message que j’ai reçu aujourd’hui :
(Ce message vous est envoyé depuis une personne qui vous a trouvé sur www.BePUB.com)
Communiqué de presse
Bien sûr c’est un communiqué de presse, ce n’est pas une vulgaire publicité, c’est de l’information !
Bonjour,Grand Sud Press Editions publiera à la rentrée prochaine le premier Annuaire des Journalistes Pigistes Français 2004/2005.En effet, s’il existe des publications destinées aux journalistes pigistes et à l’organisation pratique de leur travail, aucune ne s’adresse spécifiquement aux décideurs, c’est à dire aux rédacteurs en chef. Aucun ouvrage ne référence de manière exhaustive les quelques 6 000 journalistes pigistes que compte notre pays, véritable force d’appoint pour les rédactions et les entreprises audiovisuelles.
Quelle force d’appoint en effet, avec un statut de précaire sur mesure selon les coup de bourre, payer le pigiste au rendement et soit même avoir un salaire fixe, utiliser les prélèvements sociaux des pigistes pour emplir sa propre caisse de retraite, le CE de son entreprise et tous les autres avantages sans que celui ci puisse en bénéficier.
Nombre de rédacteurs en chefs se plaignent d’ailleurs aujourd’hui de la difficulté de les recruter, le système d’annonces classiques donnant lieu à plusieurs centaines de candidatures quasi ingérables.
Bien sûr parce que moins le système de recrutement est organisé, plus il est facile pour le donneur d’ordre d’imposer ses conditions, l’atomisation et l’individualisme des pigistes est la force des employeurs.
Or l’évolution du marché de la presse et de l’audiovisuel montre aujourd’hui que de plus en plus de rédactions externalisent leur production éditoriale et font de plus en plus appel à des pigistes.
“Externalisent”, oui, à l’image des grands groupes industrielles qui possèdent les médias aujourd’hui (on est bien loin des loi de 1945 et des leçons de la Libération) qui eu “délocalisent”. Comme ça l’info n’est plus suivi par des journalistes spécialisés mais traité au grés des pigistes de passage. Tout se vaut, ce qui compte c’est de faire le nombre de signe et surtout pas de vague.
L’objectif de l’Annuaire des Journalistes Pigistes Français 2004/2005 est donc de devenir “le livre de chevet des rédacteurs en chef”, en leur fournissant un outil de référence simple, fiable et efficace pour les aider dans leur recherches de pigistes. Grâce à un triple référencement par spécialité, par région et par ordre alphabétique, ils pourront ainsi trouver en seulement quelques minutes les journalistes pigistes rassemblant les compétences dont ils ont besoin.
Tiens, il n’y a pas encore d’indexes pour le niveau de renoncement, d’auto-censure…
En outre, devant le succès d’ores et déjà rencontré par cet ouvrage, plusieurs rubriques consacrées aux correcteurs, secrétaires de rédactions, traducteurs indépendants, JRI, illustrateurs, photojournalistes et autres journalistes francophones seront égalements ajoutées au sommaire.
Ah ! précaires de tous les médias unissez vous ! Le marché des précaires prend forme, les contours se précisent…
Précision d’importance, l’Annuaire des Journalistes Pigistes Français sera diffusé gratuitement auprès de 5 000 rédactions françaises, agences de communication, sociétés de productions et autres services communication de grandes entreprises. Le coût de l’adhésion est de 49 euros par pigiste (soit moins d’un feuillet). Pour ce tarif, chacun d’entre eux figurera dans l’annuaire 2004/2005, et bénéficiera d’une rubrique personnelle reprenant les informations suivantes :
Ainsi, nos décideurs auront gratuitement l’information et ensuite seront tout étonné qu’il faille payer ces pigistes qu’on leur aura servi tout cuit. Encore un grand classique du genre : il faut payer pour pouvoir travailler ! Il faut mérité sa place dans la caste des dirigeants.
- nom – prénom – pseudonyme (le cas échéant) – coordonnées (adresse, tel, email, site internet…) – formation – spécialités – collaborations – n° de carte de presse (le cas échéant)
Oui, même pas la peine d’être un vrai journaliste, ce n’est pas nécessaire pour ce métier… comme ça on pourra payer en note d’auteur (1% de charge avec les AGESSA, plutôt qu’en salaire, 30%, et alors pas de chômage, pas d’accès à la formation professionnelle…)
- commentaires. A côté de ces informations sera jointe une photo. Chaque pigiste recevra en outre personnellement un exemplaire de l’ouvrage.
Une photo pour être aussi recruté “à la tête du client”. Origines étrangères s’abstenir Un exemplaire gratuit ! Merveilleux, on ne le paiera même pas ?!
Nous avons aujourd’hui déjà recueilli les adhésions de plusieurs centaines de journalistes, un chiffre qui devrait encore largement s’étoffer d’ici la publication. Un formulaire d’adhésion est disponible sur simple demande à l’adresse suivante : redaction@grandsudpress.comBien cordialement,Alexandre Arditti Rédacteur en Chef Grand Sud Press Villa Fontblanche Chemin du Vallon des Gardes Bas Route de Saou Marqua 13 100 Le Tholonet 04 42 23 22 45 http://www.grandsudpress.com redaction@grandsudpress.com
En allant sur leur site, on apprend que “Grand Sud Press est une agence spécialisée dans la fourniture de contenus éditoriaux à destination des professionnels de la presse et de la communication”. Comme ça, si personne ne vous embauche, vous pourrez, peut-être, être recyclé dans l’agence.
De plus, l’agence est aussi spécialisée dans “Les Editions Grands Voyageurs : Une maison d’édition spécialisée dans le tourisme et l’univers du voyage”. Comme ça, on ne sort pas des métiers du divertissement, ceux qui ont tout intérêt à ce que l’on se questionne le moins possible sur le monde dans lequel nous vivons, ceux qui nous emmènent dans d’autres pays de rêves ou d’évasion afin que l’on s’éloigne de la réalité. Et si jamais, ces pays étaient pauvres, ça nous rappelerait que nous nous sommes riches et que nous avons bien de la chance.
Article publié aussi sur ACRIMED














