Confusion des genres

Rubrique : Médias & Photojournalisme
Ecrit par : Pierre-Emmanuel Weck

Comment créer l’appât du gain chez les gens photographiés

Nous étions en famille à la bibliothèque de Cachan car il y avait des contes pour les filles, je regardais les livres dans un autre rayon quand Agnès vient me chercher à l’étage pour me dire qu’un photographe avait photographié nos filles et qu’il avait demandé notre adresse pour notre autorisation de publication ainsi que pour nous envoyer de l’argent si les images étaient publiées.

Je vais donc le voir d’un pas décidé “C’est vous le photographe ?”. Le type devait craindre l’agression et fut assez surpris par ma réaction : “pour publier les photos vous avez mon autorisation mais pour toucher de l’argent, c’est hors de question !”

Un type qui vient vers lui, lui demande de travailler et refuse de l’emmerder, ça devait être nouveau !

Je lui dis que mes filles font parties de la réalité, que je ne vais pas privatiser leur visage. Il tente de m’expliquer pourquoi il a proposer de l’argent ou plutôt pourquoi le journal en propose mais je n’ai pas tout compris ses explications. Je me demande s’il ne s’agit pas de sa part, d’une réaction type pour éviter les discussions trop vives.

J’ai fini par lui dire que j’étais moi même photographe pour qu’il comprenne mieux mon intervention. En proposant de l’argent, on donne de très mauvaises habitudes, déjà que “pour rire” les gens que l’on croise au boulot demande à être payé…
Tant que les photos sont utilisées pour de l’information ou de l’illustration informative, je ne comprends pas pourquoi il faudrait payer qui que ce soit, mes filles ne sont pas des comédiennes. S’il leur avait demandée de marcher dans la rue sous les arcades, pourquoi pas (et encore), on aurait pu, à la rigueur, parler de dédommagement. Bien sûr, si la photo est vendue à une agence pour en faire une pub, là ça change tout. On entre dans une autre sphère, celle de la marchandise, on quitte le réel pour la manipulation publicitaire, ça n’a rien à voir avec la réalité et l’information.

Quand Agnès est venue me dire que les filles avaient été photographiées, je ne serais pas allé le voir si elle n’avait pas dit qu’il voulait nous payer. Elles ont déjà été photographié à la bibliothèque d’Arcueil (ça devient une habitude !) par le photographe municipale qui m’a aussi demandé mon accord par respect et politesse et qui l’avait obtenu.

Lorsque je me trouve dans ce genre de situation, s’il y a du monde, je ne cherche pas à demander l’autorisation à tout le monde (où alors, le client me fourni un assistant qui s’en chargera). Je mets juste bien en évidence mon appareil photo, je ne me cache pas pour pas qu’il y ait d’ambiguïté. Je cherche les regardes des adultes avec un léger sourire sur les lèvres pour dire que je suis disponible à la discussion et entendre les refus. mais jamais je ne parle d’argent !

La confusion est donc entretenue par les photographes eux-même qui n’ont pas toujours une position claire sur le sujet.

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